Jean-François Coulais
le jeudi 15 janvier 2015
ouvrage
Genève, MétisPresses, collection vuesDensemble, 2015, 346p.

 

La banalisation du virtuel dans notre rapport ordinaire à l’espace – l’espace représenté et l’espace vécu – interroge dans leurs fondements l’architecture, l’urbanisme et les disciplines du paysage. Bien que cette question soit aujourd’hui omniprésente dans la presse spécialisée et dans les programmes de formation, l’exigence de pouvoir disposer de repères culturels qui permettent d’en comprendre le déploiement reste à satisfaire. C’est à une telle exigence que cet ouvrage veut répondre.

Images virtuelles et horizons du regard part de l’hypothèse que cette évolution s’inscrit dans un registre de visibilités calculées apparu au début de l’époque moderne. L’étude des périodes décisives de cette histoire permet de suivre le développement des médiations spécifiques déployées par l’image, le geste ou la parole, par le biais desquelles de nouveaux horizons s’ouvrent ou au contraire se dérobent aux regards. Le fil de l’enquête se déploie selon deux lignes de force qui s’entrelacent. La première dessine les fragments d’une généalogie de la représentation virtuelle, à travers la naissance du dessin moderne d’architecture, de la perspective aérienne des villes et de la photogrammétrie. La seconde explore les transformations du regard dans les pratiques contemporaines et interroge la relation que ces images entretiennent avec le réel.

Ces deux développements partent d’un même constat : nous vivons dans un monde de visibilités hybrides, constitué de virtuel et d’actuel, dont les référents dans le réel sont chaque jour un peu plus délicats à repérer et à identifier, bouleversant les mécanismes par lesquels se dessine notre image de la réalité. Car ces images ne transportent pas seulement des visibilités ; elles véhiculent également des schèmes perceptifs et symboliques par lesquels une culture visuelle se construit dans le temps long.