Frank Rambert
le jeudi 09 octobre 2014
ouvrage
MetisPresses, Genève, 2014, 272p.

 

Après cinq ans de conflit, la Grande Guerre se termine. Les Britanniques ne rapatrient pas leurs soldats tombés sur le sol français. Ils ne rassemblent pas non plus leurs cimetières. Ils les laissent là où la guerre les a voulus. Il y en a 967 qui révèlent aujourd’hui encore l’histoire et la géographie du conflit en dessinant dans les champs la ligne de front aujourd’hui disparue sur un territoire rendu à la vie agricole. Les cimetières britanniques sont des jardins : des arbres, des fleurs pour des stèles blanches posées sur un impeccable gazon, des abris pour le visiteur. Ils sont chacun un bout d’Angleterre posé en terre étrangère. Réalisés par les plus grands architectes britanniques de l’époque, tel que Edwin Lutyens ou Charles Holden, leur qualité architecturale est exceptionnelle. Jardins de guerre nous invite à la découverte de ces lieux uniques, en les abordant de deux façons: comme projet, en s’appuyant sur des documents d’archives et les témoignages des acteurs de cette vaste entreprise, hommes politiques, diplomates et, surtout, architectes, mais aussi à partir de leur découverte par un visiteur, qui se déplace le long des routes qui les relient, restituant ses impressions à travers des croquis, photos et dessins, au plus près d’une expérience sensible et émotionnelle.

Ce livre parle de l’humanité, de celle que révèlent les stigmates laissés par un événement extraordinaire en des lieux qui ont perdu depuis leur ordinaire. Nous évoluons sur une terre marquée d’empreintes; de celles, ténues en apparence, enfouies, laissées par la guerre, à celles révélées des cimetières. Nous cherchons à savoir comment ces empreintes fabriquent le territoire de l’homme qui est à la fois physique, historique, culturel, affectif. L’homme marque ses territoires comme le font tous les êtres vivants, avec la conscience parfois, l’intuition toujours, que ces marques lui survivront et que c’est là ce qu’il désire (Frank Rambert).

 

Ouvrage tiré d’une thèse de doctorat en architecture soutenue à l’ENSA-V/UVSQ en 2012.

Prix du livre 2015 décerné par l'Académie d'architecture.