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Espaces, corps et sensibilités

Axes de recherche 2019-2024

Espaces, corps et sensibilités

 

 

L’attention portée à la notion de spatialité en tant que concept opératoire qui permet de déchiffrer l’histoire de l’architecture, de la ville et des territoires, fait émerger les qualités objectives des lieux vécus, qui sont d’ordre dimensionnel, géométrique, liés aux variations de lumière, mais aussi de qualités subjectives de nature psychologique qui s’enracinent dans les théories d’Auguste Schmarsow, de Heinrich Wölfflin et de Wilhelm Worringer. Dans l’interprétation de l’architecture comme « Raumgestaltung », Schmarsow insistait particulièrement sur le « sentiment de la spatialité », tout en contribuant à orienter l’attention des critiques (et les préoccupations des artistes) aussi bien sur les valeurs spatiales propres à l’objet que sur l’expérience sensorielle de l’observateur qui saisit ces valeurs en parcourant « tactilement » et « optiquement » l’espace architectural. Cette notion est à l’origine de l’attention portée aux dispositifs qui articulent l’expérience de l’observateur, tels les seuils marquant le passage entre lieux pourvus de différentes qualités, les trompe-l’œil, les déplacements physiques et visuels activant des « effets spatiaux », la question du cadrage – ou de la dissolution du cadre (Wölfflin). Une question se pose alors sur les modalités d’analyse visant à saisir cette complexité particulièrement marquée dans les œuvres déterminées par les croisements entre architecture et arts visuels (la peinture et la sculpture, en particulier). D’un point de vue méthodologique, il ne s’agit donc pas de remplacer le mot « tableau » par « édifice », mais d’interroger le projet architectural telle une figure particulière qui répond à des règles et une structure propres. 

  

Interactions entre l’architecture et les arts 

Proposée avec engagement par les avant-gardes artistiques au début du XXe siècle par des groupes opérant au sein du Mouvement Moderne (Bauhaus, De Stijl, etc.) et des protagonistes (Le Corbusier, Max Bill, André Bloc, etc.), l’idée de l’interaction entre les arts – et, en même temps, la recherche et l’élaboration d’expressions où se confondent les champs artistiques au sens traditionnel – s’affirme tout au long du XXe siècle. La mise en évidence de cette relation a fait l’objet de nombreuses recherches déjà, mais nous souhaitons travailler plus précisément sur le phénomène d’interaction comme principe fécond de conception du projet. Le but du Groupe Espace (1951) ainsi que du MAC/Espace (1955) était de constituer des chantiers de synthèse « au pied du mur » pour concevoir sciemment des œuvres collectives transdisciplinaires. Le projet de recherche « Découvrir l’œuvre et la figure d’André Bloc (1896-1966) », sur lequel travaille le LéaV depuis trois ans et qui a fait l’objet de l’organisation de trois colloques internationaux, visait à comprendre le rôle que ce protagoniste a joué dans la définition de la catégorie de l’architecture-sculpture et de l’architecture organique dans la production de l’architecture des années 1960 et 1970. Le projet de recherche à venir sur « Pierre Székely et les arts de l’espace » vise à évaluer la contribution de cet artiste hongrois installé en France, qui a abordé le projet architectural selon un angle plastique ; ce projet se situe ainsi dans le prolongement immédiat des résultats de recherche obtenus dans le projet de recherche sur André Bloc. 


 

Les croisements entre arts et architecture s’étendant de plus en plus aux disciplines du design et du graphisme, des collaborations avec l’ENS de Paris-Saclay ont été établies au niveau de la codirection de thèses de doctorat et de partenariats sur des projets de recherche. Le projet « Problemata. Plateforme numérique de diffusion des résultats de recherches en histoire du design, critical writing et design studies » (porté par le Département design de l’ENS Saclay, en partenariat avec le LéaV, dans le cadre des appels à projets de la MSH Saclay), en ouvrant une plateforme numérique pour la publication bilingue français-anglais des écrits sur le design rédigé par les chercheurs du réseau, mais aussi par des designers célèbres, contribue à retracer ces formes d’interaction avec l’architecture et les espaces intérieurs, y compris les interstices urbains. D’autre part, le projet « Comment lire la revue Aujourd’hui, Art et architecture » propose une étude systématique des 60 livraisons de la revue, afin de tirer des conclusions sur le rôle que ce périodique a joué en termes de diffusion des modèles et d’idée de synthèse des arts. 

  

Les espaces intérieurs : une approche par le prisme des ambiances

Les espaces intérieurs se sont souvent révélés des lieux d’expérimentation de différents acteurs professionnels œuvrant à un même projet (architectes, artistes, décorateurs, ensembliers, designers...). Partagés entre plusieurs histoires partielles (de l’architecture, de l’art, du design, de l’aménagement intérieur, du décor, de l’habitat, de l’évolution du goût et de la société, etc.), les intérieurs ont souvent été abordés selon des perspectives thématiques mono-disciplinaires, qui n’ont pas pris pas en compte la complexité épistémologique de l’approche des espaces : l’investigation à travers la notion d’ambiance permet de réaliser l’étude des espaces physiques à travers le prisme des éléments immatériels, que sont la lumière, les sons, et toute une catégorie d’éléments qui participent à l’appréciation de la dimension sensorielle des espaces. La Stimmung vise à susciter des sensations tactiles ou des synesthésies, des émotions régulées par les variations d’éclairage naturel et artificiel, la présence d’œuvres d’art (points focaux), des dispositifs qui créent des atmosphères suggestives ; en somme, cette notion de spatialité s’avère polysémique, ce qui nous amène à considérer les intérieurs architecturaux du XXe siècle comme des lieux de sédimentation et de révélation de différentes intentionnalités. Le projet de recherche « Intérieurs milanais entre architecture et arts visuels (1946-1973) » interroge justement la complexité de ces environnements à travers une approche interdisciplinaire et à l’aide de plusieurs instruments critiques qui seront au cœur du colloque international « Manières d’approcher les espaces intérieurs. Interdisciplinarité et méthodologies », prévu en 2019. Enfin, l’usage du concept « d’intermédialité » propose un élargissement de la recherche par les ambiances en introduisant l’importance des relations entre les médias, les dispositifs et les valeurs réceptives des sujets. Enoncé en 1966 dans le texte fondateur « Statement of Intermedia » de l’écrivain-artiste Dick Higgins, le concept d’intermédialité peut constituer un point de départ de recherches situées à la croisée de différents arts visuels et dont la spatialité serait le point commun. Nous proposons ainsi, par la corrélation d’approches complémentaires, l’expérimentation vers de nouvelles méthodes de recherche. Si l’approche méthodologique par les ambiances peut apporter de éléments substantiels pour comprendre le rapport que nous entretenons avec notre environnement, dans sa perception, comme dans les réactions qu’il provoque en nous, le rapprochement de concepts et de méthodes, permet de prospecter de nouveaux champs d’analyse.

 

Les nouvelles technologies au service d’une approche sensible des espaces

La perception de l’environnement peut générer en nous de fortes sensations corporelles telles que le vertige, la dérive, la sensation d’être à l’intérieur ou au contraire extérieurs à une expérience, par exemple. Par conséquent, il participe à l’expression d’émotions telles que la familiarité, la sécurité, l’identité, mais aussi des émotions universelles comme la joie, la peur, le plaisir, le dégoût, la douleur, la colère, etc. L’émotion constitue la réalité corporelle et aussi mentale qui émerge du plus profond de notre existence et repose parfois sur des archétypes renvoyant à une expérience inconsciente qui se révélerait. En tant que projection de notre identité sur notre environnement, cette réalité prend la forme d’images concrètes, de formes palpables qui se reconstituent en chacun de nous de manière subjective mais transmissible.

Le projet de recherche « Formes émouvantes. Sur la captation savante de l’œuvre d’architecture au XXe siècle » vise justement à dépasser les difficultés d’aborder l’implication de l’observateur dans les processus de « coopération interprétative » avec le texte architectural ou artistique, tout particulièrement quand cela produit d’importantes retombées émotives, pathos, embarras, désorientation, grâce à la mise en scène d’ambiguïtés ou d’illusions spatiales, dans le but de mobiliser les sens et la sphère psychique de l’observateur. Le développement de nouvelles méthodes d’analyse visant à étudier les relations entre les « formes émouvantes » – figures de la sphère affective, émotionnelle et psychique – et l’observateur/interprète, prend appui sur les recherches menées dans le domaine des sciences cognitives, des neurosciences, de la sémiotique des passions, de la perception et de l’image, ainsi que sur les pratiques de la sémiotique tensive. Les dispositifs méthodologiques empruntés à ces disciplines sont testés sur un corpus d’œuvres d’architecture-sculpture, à la morphologie marquée par la gestualité de l’architecte-artiste, ou qui se positionnent à la limite entre différents disciplines (André Bloc, Pierre Székely, Chanéac, Alberto Ponis, etc.). Démarche empirique et approche théorique sont ici complémentaires.

 

Cet axe est coordonné par Annalisa Viati Navone.

 

Spaces, bodies and sensitivities

 

Paying attention to the notion of spatiality as an operating concept to decipher the history of architecture, city, and territories, brings to the foreground the objective qualities of lived places – qualities that are dimensional, geometrical, tied to light variations, but also subjective, of a psychological nature that takes roots in the theories of Auguste Schmarsow, Heinrich Wölfflin, and Wilhelm Worringer. In his interpretation of architecture as Raumgestaltung, Schmarsow insisted on the “sentiment of spatiality” while directing the critic’s attention (and the artists’ preoccupations) as much on spatial values tied to the object as on the sensory experience of the observer who experiences these values by a tactile and optic exploration of the architectural space. This notion is at the root of the attention placed on systems that articulate the observer’s experience, systems such as thresholds that mark the passage between places endowed with different qualities, trompe-l’œils, physical and visual transfers that activate “spatial effects,” or the question of framing, or of the dissolution of the frame (Wölfflin). A question then poses itself regarding the modalities of analysis that aim to grasp this complexity that is particularly marked in works that are at the crossroads of architecture and visual arts (particularly painting and sculpture). From a methodological standpoint, the word “painting” should not be replaced by “building” but we should question the architecture project as a particular figure that has its own rules and structure.

 

Interactions between architecture and the arts

Artistic avant-gardes at the beginning of the twentieth century, such as Modernist groups (Bauhaus, De Stijl, etc.) and protagonists such as Le Corbusier, Max Bill, André Bloc, etc., proposed an idea that asserted itself throughout the century, that of the interaction between the arts as well as the research for and elaboration of artistic expressions where different artistic fields merge. This relationship has already been the subject of many studies but we wish to focus more precisely on interaction as a phenomenon that constitutes the fertile principle of project design. The aim of Groupe Espace (1951) or MAC/Espace (1955) was to form synthesis sites to create collective transdisciplinary work. The research project “Discovering André Bloc’s œuvre and figure (1896-1996),” on which LéaV worked for three years and which was the object of three international conferences, aimed to understand Bloc’s role in defining the architecture-sculpture category and organic architecture in the production of architecture in the 1960s and 1970s. The upcoming research project on “Pierre Székely and arts of space” aims to evaluate the French-based Hungarian artist’s contribution. He approached the architectural project through a plastic angle and his project is thus an extension of our research results from our work on Bloc.

 

As crossings between the arts and architecture occur more and more in the disciplines of design and graphic design, we have collaborated with the ENS Paris-Saclay to establish co-directions of doctoral dissertations and partnerships on research projects. The project “Problemata. Digital platform for the diffusion of research results in the history of design, critical writing, and design studies” (led by the ENS Saclay’s design department, in partnership with LéaV, in the context of the MSH Saclay’s call for projects) contributes to the recounting of interactions between architecture and interior spaces, including urban interstices, by opening a digital platform for the bilingual (French-English) publication of writings about design written by researchers from our network, but also by designers. The project “How to read the publication Aujourd’hui, Art et architecture” studies this publication’s sixty issues in order to analyze the role this periodical played in diffusing models and ideas that relate to the synthesis of the arts.

 

Interior spaces: an approach through the prism of ambiances

Interior spaces have often revealed themselves to be places of experimentation for different professional actors who work on the same project (architects, artists, decorators, interior designers, designers…). In between several partial histories (that of architecture, art, design, interior design, decoration, habitat, evolution of taste and society, etc.), interior spaces have often been approached through thematic monodisciplinary perspectives that have not taken into account the epistemological complexity of the approach to space. Investigating space though the notion of ambiance allows us to study physical spaces through the prism of immaterial elements such as light, sounds, and other elements that participate in the sensory dimension of spaces. Stimmung aims to generate tactile sensations, synesthesia, emotions regulated by variations in natural or artificial lighting, the presence of works of art (focal points), systems that create suggestive atmospheres. To summarize, the polysemous notion of spatiality leads us to consider twentieth-century architectural interiors as places of sedimentation that reveal different intentions. The research project “Milanese interiors between architecture and visual arts (1946-1973)” rightly interrogates the complexity inherent to these places through an interdisciplinary approach, with the help of multiple critical tools that will be at the heart of the international conference “Ways of approaching interior spaces. Interdisciplinarity and methodologies” scheduled in 2019. Finally, the concept of “intermediality” is an opportunity to widen our research on ambiances by introducing the relations between media, systems, and the receptive values of subjects. Intermediality was first defined in 1966 in artist-writer Dick Higgins’ “Statement of Intermedia” and can serve as a starting point for research at the crossroads of different kinds of visual arts that all relate to spatiality. We thus propose to experiment new research methods by correlating approaches that are complementary. If a methodological approach to ambiances can bring substantial elements to understand our relationship to our environment (how we perceive it and the reactions it elicits), bringing together concepts and methods will allow us to investigate new fields of analysis.

 

New technologies serving a sensitive approach to spaces

Our perception of our environment can elicit strong corporeal sensations such as vertigo, drifting, or the feeling of being inside or outside of an experience. Consequently, the environment contributes to the expression of emotions such as familiarity, safety, identity, as well as universal ones such as joy, fear, pleasure, disgust, pain, anger, etc. Emotion makes up our corporeal and mental reality. It emerges from the deepest part of our being and sometimes relies on archetypes that relate to an unconscious experience. As a projection of our identity on our environment, this reality takes the form of concrete images and palpable forms that are recreated within us subjectively but that are also transmissible.

The research project “Moving forms. On the skillful capture of the architectural work in the twentieth century” (Formes émouvantes. Sur la captation savante de l’œuvre d’architecture au XXe siècle) aims to go beyond the difficulties involved in addressing the observer’s implication in processes of “interpretive cooperation” with the architectural or artistic text, especially when it produces strong emotional effects (such as pathos, embarrassment, or disorientation) through the staging of ambiguities or spatial illusions that aim to mobilize the observer’s senses and mind. New methods of analysis that aim to study the relations between “moving forms” – figures of the affective, emotional, and mental sphere – and the observer/interpreter have developed and rely on research in the fields of cognitive sciences, neurosciences, semiotics of passions, perception, and image, as well as on practices in tensive semiotics. Methodological systems borrowed from these disciplines are tested on a corpus of architecture-sculpture work that either has a morphology that bears the mark of the architect-artist or is at the threshold of different disciplines (André Bloc, Pierre Székely, Chanéac, Alberto Ponis, etc.) Here, empirical and theoretical approaches are complementary.

 

This area of research if coordinated by Annalisa Viati Navone.