Séminaires doctoraux

Séminaires doctoraux

© Hélène Orlati

 

Formes d’interaction entre disciplines artistiques et architecture

Séminaire proposé par Annalisa Viati Navone

L’architecture du XXème siècle a dû composer, depuis ses débuts, avec la question de la contamination et interaction entre les disciplines artistiques et celle de leur intégration, scellée par la formule générique de « synthèse des arts », ainsi que l’entendait Le Corbusier à propos de son œuvre, et la revendiquait : « L’architecture est à Elle seule un évènement plastique total […] l’architecture en certaines occasions peut satisfaire à ses taches et augmenter le plaisir des hommes par une collaboration exceptionnelle et magnifique avec les arts majeurs. » Proposée avec détermination par les avant-gardes artistiques au début du siècle dernier (en particulier le futurisme et le constructivisme), par certains groupes opérant au sein du Mouvement Moderne (Bauhaus, De Stijl, etc.) et protagonistes (Max Bill, André Bloc, etc.), l’idée de l’interaction entre les arts – et, en même temps, la recherche et l’élaboration d’expressions où se confondent les champs artistiques au sens traditionnel – s’affirme avec une certaine résolution au cours du XXème siècle.

Le séminaire a pour but d’investiguer les différentes formes d’interaction comme principe fécond de conception du projet, en appliquant la méthode inductive, partant de l’œuvre (et de sa fabrication) pour en chercher les possibles inspirations artistiques, déclarées ou non ; étudier les formes de collaboration entre architectes et artistes ; isoler de telles synergies pour identifier ce qui se produit au niveau du langage, de la signification de l’architecture et enfin de l’interprétation que l’observateur est appelé à lui conférer.

Trois grandes catégories sont alors identifiées et présentées. La première est celle de la collaboration entre architectes et artistes, où l’interaction se produit au moyen d’un travail collectif, par la discussion et les ajustements réciproques. La deuxième revient plutôt à la contamination entre disciplines qui se produit par le biais de l’intertextualité. Il est un fait établi que, pour se libérer des dérives de l’éclectisme historiciste, les architectes ont souvent cherché de nouvelles expressions à partir de l’observation des architectures peintes, des scénographies, des procédés formatifs de la sculpture, puisant donc dans des codes linguistiques « autres ». Cette attitude a ensuite été assimilée, l’art est donc devenu un « intertexte » tacite, implicitement utilisé dans la création, donnant lieu à des épisodes difficilement attribuables à un champ disciplinaire précis. Les mariages d’objets qui peuplent la peinture puriste de Le Corbusier et qui animent aussi la composition de la Villa Stein de Monzie, devenant une condition indispensable au plan libre en sont un exemple.

La troisième catégorie peut être considérée en tant qu’une forme de « transferts culturels intersémiotiques » (Roman Jacobson, 1963), c’est-à-dire une « traduction intersémiotique ou transmutation [qui] consiste en l’interprétation des signes linguistiques par des systèmes de signes non linguistiques » comme, par exemple, la transformation d’un roman en un film ou de la sculpture en architecture, parcours qui s’apprécie par exemple chez André Bloc. 

Les séances seront consacrées à la présentation de plusieurs cas d’étude issus des recherches récemment menées au LéaV (notamment Découvrir la figure et l’œuvre d’André Bloc 1896-1966 et Formes émouvantes. Sur la captation savante de l’œuvre d’architecture au XXème siècle) à travers différentes méthodologies d’analyse. Certaines sont propres à l’architecture, d’autres mises au point par la critique d’art et littéraire - cette dernière étant sensible au différents niveaux d’interprétation dont une œuvre peut faire l’objet -, d’autres encore élaborées au sein des sciences cognitives, des neurosciences et de la neuroesthétique et qui seront adaptées au cas de l’architecture. Le but étant de contribuer au développement de nouveaux outils aptes à démêler de manière de plus en plus précise les formes d’interaction entre l’architecture et ses territoires proches.

 

 

Entre modernité et postmodernité, une vison manièriste

Séminaire proposé par Paolo Amaldi et Philippe Potié              

On interrogera l’articulation entre Modernité et Postmodernité en partant de l’hypothèse d’une continuité entre les deux postures. La postmodernité serait le prolongement historique de la modernité selon une procédure qui fut déjà celle qui lia classicisme et baroque autour de la figure du maniérisme. On soutiendra que la modification entre les deux visions se construit sur des utilisations différentes de langage et non sur une opposition d’idées. La mutation opère des métamorphoses, certes remarquables, mais qui restent d’ordre formel et rhétorique. Les changements sont d’ordre métaphorique et de déformation topologique.

Au cœur du changement de perspective réside certainement une manière nouvelle pour le sujet de se positionner face à une langue dont il « hérite » alors que la génération qui l’a précédé l’avait « découverte ». Sans doute faut-il pour la nouvelle génération de créateur mettre en scène une distanciation qui lui rende une liberté que le poids de l’héritage lui refuse. Humour, ironie, déformation, mise en abyme seraient les conditions indispensables pour pouvoir parler la langue des pères sans y aliéner sa conscience et son imaginaire. Avec plus ou moins de subtilité s’énoncerait une distanciation œdipienne qui déconstruit la doctrine paternelle pour fabriquer le manteau d’arlequin d’une identité renouvelée. Avec plus de maitrise et circonspection, c’est sans doute dans le jeu nuancé des intonations et des accentuations que l’esthétique de cette position révèle toute la richesse expressive qui pousse à son comble les possibilités figuras des formes, des espaces, des chromatismes. À l’opposé d’une ascèse des modernes se développerait une exacerbation de la sensibilité postmoderne. Au risque de la pesanteur et de l’ennui du premier s’opposerait la légèreté fleuretant avec la futilité du second. Le sérieux contre l’ironique, le fastidieux contre le ridicule, la rationalité contre l’imaginaire, la lumière contre l’ombre, le dessin contre la couleur, le concept contre le symbole, la droite contre la courbe, iconoclastie contre iconophilie poseraient les pôles d’un système d’inflexion qui les relie intrinsèquement  bien plus qu’elle ne les oppose. La relation de symétrie inverse que nous voulons mettre en évidence permettra de dépasser l’apparente dualité. Si dualisme il y a, il serrait de l’ordre de celui des couples mythologiques qui font de leur différence le moteur d’un imaginaire. Apollon et Dionysos pourraient en être le symbole dans le champ qui nous intéresse. 

Le Maniérisme nous servira de modèle pour guider notre quête. Il fut l’opérateur de cette translation qui conduisit du classicisme au baroque et qui aujourd’hui cherche encore son nom alors que nous postulons son existence comme mode contemporain d’expression de l’architecture. Entre rationalisme et éclectisme, modernité et postmodernité, il faut  être capable de penser les opérateurs de transformation d’un modèle vers l’autre à la façon à l’instar de ce que fut le maniérisme. Penser cette transition, la nommer et la décrire est un travail théorique désormais indispensable alors que la fin des idéologies et des doctrines prophétisée dès les années 70 par Lyotard est désormais une réalité. Il faut écrire l’histoire de cette transformation, en distinguer les étapes, les auteurs, les événements symboliques. L’ouvrage de Venturi, Complexity and contradiction in architecture, y occupera nécessairement une place majeure (en se remémorant qu’il y avait inscrit le maniérisme de Rome et de Michel-Ange comme son modèle).

Dates des séminaires au deuxième semestre

(9h-13h / 14h-18h) :

  • Samedi 11 février 2017 
    Samedi 11 mars 2017
    Samedi 22 avril 2017
    Vendredi 12 mai 2017
    Samedi 10 juin 2017

Lieu 

Ecole nationale supérieure d’architecture de Versailles,

5, avenue de Sceaux, 78000 Versailles. 

Salle E 102. 

 


Séances du séminaire du master Histoire AST (architecture et ses territoires),

mutualisées avec la formation doctorale, sous la responsabilité de Catherine Bruant :

Séminaire « Actualités de la recherche ».  20H. Salle des conseils

Ce séminaire public présente aux étudiants un spectre de la richesse du champ de l’histoire de l’architecture et de ses territoires, et les introduit à la diversité des questionnements sur le patrimoine architectural et urbain contemporain ainsi qu’aux pratiques qui leur sont liées.

Les séances sont l’occasion d’accueillir des invités, chercheurs et/ou professionnels, venus d’institutions ou de pays divers, pour présenter des travaux inédits ou récemment publiés, des expériences en cours de réalisation, et débattre de leur implication et de leur parcours professionnel dans les domaines ouverts par les approches actuelles de l’architecture et du patrimoine.

Mode de validation : CC/ présence obligatoire, comptes rendus. 

 

  • Vendredi 24 février 14h30/17h30. Invitée : Caroline Bauer, maître assistante associée à l’ENSA Lille, présentation de sa thèse sur l’agence Jacques et Michel André (Nancy 1929-1973).

  • Vendredi 10 mars 14h30/17h30. Invitée : Hélène Jeannière (en attente de confirmation).

  • Vendredi 24 mars 14h30/17h30 : Invités : Chantal Callais et Thierry Jeanmonod, maîtres assistants à l’ENSAP de Bordeaux, sur Bordeaux patrimoine mondial (Ouvrage, parution du tome 3).

  • Vendredi 21 avril 14h30/17h30. Invitée : Ana Bela de Araujo, maître assistante à l’ENSA de Marseille, sur le Centre d’études nucléaires à Saclay, de Perret (thèse).

  • Vendredi 12 mai 14h30/17h30. Invité : Alberto Ferlanga, président de l’université IUAV, Venise, sur Fernand Pouillon.

  • Vendredi 9 juin 14h30/17h30. Invitée : Letizia Tedeschi, directrice de l’Archivio del Moderno de Mendrisio, sur la circulation France/Russie (programme de recherche).

 

Processus et évolution de la conception en architecture

Séminaire proposé par Nadia Hoyet

 

Ce séminaire s’attache à étudier différents aspects de la démarche de conception en architecture pour en saisir la complexité et l’évolution. La démarche conceptuelle est appréhendée comme un système interactif capable de fabriquer ou d’anticiper les mutations auxquelles il est soumis d’une part, et auxquelles il apporte des réponses d’autre part, par le biais du projet.

La nature des enjeux contemporains et la diversification croissante des connaissances et des outils ont pour effet d’augmenter le rayon d’action des interactions à l’œuvre dans la démarche conceptuelle. En termes spatiaux, au cœur des préoccupations architecturales, le projet est questionné à plusieurs échelles, souvent simultanément. De ce fait, les objets d’études se déploient, de l’édifice à l’espace urbain, des infrastructures à l’aménagement territorial, obligeant l’architecte à travailler de façon pluridisciplinaire. Cette ouverture disciplinaire est par ailleurs fortement sous-tendue par les questionnements liés aux responsabilités environnementales et sociales que prend l’architecte par le biais de ses propositions conceptuelles. Enfin, les systèmes de représentation, partie intégrante et souvent fondatrice de la démarche de conception architecturale, connaissent des évolutions majeures qui transforment l’exercice de projet. Ils deviennent des systèmes d’information beaucoup plus puissants que les outils de représentation traditionnels utilisés avant l’apparition des nouvelles technologies. Le dessin se décline en plusieurs dimensions, spatiales et temporelles, pour se transformer en outil de dialogue interactif entre les différents acteurs et s’enrichit de paramètres dynamiques qui transforment les processus de conception. Enfin, ultime interactivité contemporaine, les échanges en temps réel d’informations écrites, graphiques, vidéographiques, géolocalisées, ouvrent un champ de possibilités conceptuelles encore inexplorées, qui va profondément interroger le statut du projet, qui pourra désormais être partagé par un grand nombre d’acteurs.

Le thème général de ce séminaire se déploie dans des contextes de projet distincts, avec des questionnements à différents niveaux qui intéressent des domaines dont les contours se tracent avec les travaux des doctorants.